Dès 1870, après la fin de la Guerre Franco-Prussienne, il était devenu évident qu’une des armées belligérantes, c’est-à-dire la France et l’Allemagne (unifiée en 1871), n’hésiterait pas à traverser la Belgique pour attaquer l’autre. En effet, la France, ayant perdu l’Alsace et la Lorraine, construisit une barrière de forts à l’est, face à l’Allemagne. L’Allemagne, pour ne pas rester sans défenses, construisit également une ligne de forts face à la France. Le résultat fut une barrière de forts difficilement franchissable.

En regardant une carte, il était donc devenu évident que lors d’un prochain conflit, la Belgique ne serait pas épargnée ; d’autant plus que les voies de communication entre les deux grandes puissances rivales passaient le long de la Meuse et de la Sambre. Ces voies, c’est-à-dire les routes et les voies de chemin de fer, étaient indispensables pour assurer le ravitaillement et l’approvisionnement d’une armée en marche. 

Afin de défendre la neutralité du pays contre la montée en puissance des armées des deux grandes puissances rivales, la France et l’Allemagne, et leur agressivité croissante, le gouvernement belge décida de construire les vingt-et-un forts à Namur et à Liège, et de renforcer la place d’Anvers, ville devenue le « Réduit national ». 

Le gouvernement de l’époque, peu désireux de remodeler et de réorganiser l’Armée belge, de modifier le système du service militaire et d’acheter de l’armement, préféra, à moindre coûts politique et financier, suivre les recommandations du Général Alexis Brialmont, c’est-à-dire construire des forts autour de Liège et de Namur, à Huy et à Visée (les deux derniers ne furent pas construits, par économie).

 Le but de la construction des forts était principalement de protéger les principaux axes de communication entre l’Allemagne et la France et ainsi interdire l’usage de ces axes (routes, voies ferrées, fleuves, ponts) aux belligérants. L’Armée de campagne, quant à elle, devait freiner l’ennemi, effectuer une retraite vers Anvers et attendre l’arrivée des troupes amies qui devaient, selon le Traité de Londres (1839) accourir à notre secours..

Les autres missions des forts étaient : assurer la liberté de manœuvre de l’Armée de campagne en protégeant les ponts, interdire à l’ennemi de s’emparer de Namur, centre logistique militaire (poudrerie, fabrique de canons, …), appuyer les troupes d’intervalle, interdire à l’ennemi l’usage des axes menant vers Namur, assurer la contre-batterie, assurer un appui mutuel entre forts, assurer sa propre défense contre des attaques directes, … Un peu trop de missions, d’ailleurs !

Tous les forts ont été conçus par le général Henri Alexis Brialmont et mettent en œuvre un béton non-armé, matériau assez novateur à l'époque. Pour construire les vingt-et-un forts, le Général Brialmont utilisa tous les procédés techniques inventés en cette fin de 19ème siècle, à savoir l’électricité (éclairage, projecteur), l’hydraulique (phare), les coupoles rétractables, les coupoles blindées protégées en toit, le téléphone, l’eau potable venant d’un puits et répartie dans le fort, le drainage des eaux de condensation, … 

Le Fort d’Emines est positionné au nord-ouest de la ville et est considéré comme l'un des "petits" forts de la PFN.